COURANT ALTERNATIF --- chroniques du Calavon

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L'homme objet

L’homme objet

    Comme une feuille morte qui tombe dans une dernière danse, planant de gauche et de droite, attirée par la terre où elle refuse de se poser, l’être humain se détache du tronc de la vie et se laisse emporter par le souffle inexorable de la mort.

    Bientôt les tas de feuilles quelques fois poussés par le vent, peu à peu se désagrègent, empilements de nervures qui disparaissent dans le charbon de terre, terreau de nouvelles graines et de nouvelles feuilles.

    Et l’histoire se répète, indéfiniment, rôle ingrat d’une feuille que de finir en humus, et pour l’homme alors, quelle est la place déjà écrite qui lui est réservée, dans la distribution de ce grand drame pathétique qu’est la vie.

    Il n’y a pas d’amour chez les feuilles des arbres. Celles qui restent vertes ne pleurent pas leurs voisines qui tombent. Il n’y a pas d’histoire, pas de passé, sûrement pas de paroles qui coulent de l’une à l’autre entre ces branchettes et ramilles, dans ce fourmillement de ramifications. Mais il y a la main de la nature qui a organisé cette scène où les acteurs ne restent jamais longtemps sur les planches, avalés par la trappe du souffleur et immédiatement remplacés.

    Pas de place pour la nostalgie, pas de place pour la souffrance, ce sont des mots que le cosmos ne connaît pas et qu’il n’a pas à connaître car sa mystérieuse logique ne descend pas jusqu’à notre niveau. Grande question de savoir qui a inventé l’amour. Est-ce un sentiment mystique, ou tout simplement le résultat des agencements de notre cerveau, sorte d’ordonnance purement mécanique, catalyseur chimique d’une réaction physiologique, sans aucune connotation métaphysique.

    Alors l’homme ne serait qu’une feuille, vite disparue, vite oubliée, unique peut-être dans votre regard, mais strictement inconnue au milieu de la ramée.

    Ce n’est pas acceptable. Si cela était, on pourrait se demander de quelle essence est cette énergie énigmatique qui ne parle pas la même langue que nous.

    Dans la souveraineté de ses bras, elle possède tout, car elle a tout inventé, et nous sommes dans ce tout, vivants et morts, liés d’une manière inéluctable par sa puissance. Et donc notre bonheur ou notre tristesse, notre chance ou notre malheur appartiennent à ce tout, et nous n’avons pas le pouvoir d’en discuter.

J-LdL



05/09/2014
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