COURANT ALTERNATIF --- chroniques du Calavon

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L'homme perdu

L’homme perdu

Toutes les réflexions que l’on peut mener sur le comment et le pourquoi de la présence de l’homme sur terre, se réfèrent à 2 hypothèses :
soit l’être humain est arrivé, subitement, sous une forme primate, mais contenant déjà en lui tous les arguments de son avenir et de son accomplissement ;
soit il est le produit d’une évolution mécanique, même si elle a pu être cahotante, à partir d’une bactérie qui confrontée à un certain environnement, s’est développée, intégrée, a forgé au sein d’elle-même, les armes dont elle avait besoin pour survivre.

Mais une fois que l’on a dit cela, et cela a été dit mille fois, d’une manière ou d’une autre, il faut bien admettre que notre problème n’est pas résolu. Il manque une raison, un élément fondamental, un élément fondateur. On a beau dire que Dieu n’existe pas, un certain ordre existe bel et bien, et cette logique, ce drame qui débouche sur une vie, il faut bien que quelqu’un l’ait écrit ! Ou alors, c’est la nature qui a généré cette organisation, à partir de processus se développant les uns dans les autres, les uns à côté des autres. Après des milliards d’années, ils ont débouché sur ce que nous sommes aujourd’hui, sans qu’il y ait un chef d’orchestre pour diriger cet opéra.

L’homme a inventé Dieu, ou est ce Dieu qui a inventé l’homme ? Ou est-ce l’homme qui est Dieu lui-même, infime partie d’une énergie colossale, mais totalement inclus dans cette énergie, qui serait à l’origine de tout. Il n’y aurait donc pas un maître et ses élèves, mais un ensemble, une unité, une énergie qui n’a pas eu de commencement et qui n’aura pas de fin, qui ne sépare pas, qui est un tout contenant les vivants et les morts ; une vérité qui dépasse notre logique, mais qui peut-être se révèle au moment, ou sortant de notre pauvre condition humaine, nous rentrons dans une autre problématique, un autre univers, une autre conscience, une autre spiritualité acquise celle-la pour toujours. Mais que veut dire toujours, car le fait de le dire donne déjà des limites à ce mot, pour essayer de découvrir quelque chose qui n’a pas de limites.

Est-ce juste de nous imposer ce mystère, comme si il fallait que nous ne puissions gagner le droit de savoir, qu’après avoir été dans l’ignorance et avoir traversé tous les obstacles de la vie et comme toutes les désespérances c’est cet aspect de ‘punition divine’ prôné par des religions, qui nous pousse, non pas à croire en un Dieu, car ce Dieu qui nous aurait créé, puis jeté sur la terre ne peut avoir de tels sentiments ; mais plutôt nous attire vers cette énergie cosmique qui elle n’est que spiritualité. L’homme n’est pas libre. Il ne peut être libre, en cela voudrait dire qu’il serait capable de se frayer tout seul un chemin à travers le poids de son passé, les influences de son présent et la méconnaissance de son avenir. L’homme avance lentement vers une vérité qu’il n’atteindra peut-être jamais. Il n’est pas seul ; il est une petite étoile d’énergie, au milieu de la voie lactée de toutes les énergies, de celles de la vie et de celles de la mort. Il n’a pas à gagner son paradis, ni à justifier ses choix, ni à se repentir, ni à se glorifier, ni à aimer, ni à haïr ; il n’est qu’un objet céleste qui tourne en une spirale éternelle ; il ne peut modifier sa route ; il est énergie, au sein d’une énergie cosmique qui est tout, qui contient tout.

Est-ce que cela voudrait dire qu’il n’y a rien d’autre ? Est-ce l’homme qui a inventé l’amour, le bonheur, pour s’occuper, pour dépasser la vie, pour essayer de comprendre ? Peut-être ! L’énergie cosmique qui a créé ce monde est dépositaire de tous les sentiments, mais ces sentiments ne sont pas à l’échelle humaine. Ils sont d’une autre essence. Ils ont une autre dimension.

Et c’est là que se pose la question du pourquoi de l’homme. Si la vie était l’essentiel de la raison d’être de l’homme, il y aurait de quoi désespérer et cela pourrait expliquer l’inanité de la présence humaine sur la terre ; il y a en effet une distance sidérale entre la puissance extraordinaire de l’univers et la fragilité de la vie. Cette ambiguïté suffirait à elle seule à justifier toutes les croyances d’un au-delà, car il serait inimaginable de penser, de croire que l’énergie que nous possédons, qui est notre existence même, puisse disparaître.

L’être humain est là. Il ne sait pas très bien pourquoi, car il passe sa vie à manger et à boire, à procréer, à se battre, à essayer de survivre, et il n’a pas trop le temps de s’interroger vraiment sur sa destinée. L’être humain pense ! S’agit-il uniquement d’arrangements dans son cerveau qui, évoluant au fil du temps, utilise d’une manière plus rationnelle toutes les connexions de ses neurones : en quelque sorte une capacité constitutive qui se révèle peu à peu et qui n’a rien que de mécanique. Ou au contraire, peut-on imaginer que nous avons été construit par une volonté suprême à laquelle nous appartenons ; que celle-ci nous guide, que nous avons un destin qui ne nous appartient pas ; que nous sommes parce que l’esprit a décidé que nous serions et que le sens que nous donnons à notre vie ne nous apparaîtra qu’à l’ultime instant de notre présence sur terre.

Cette présence sur terre est pleine d’obstacles. Elle est un ensemble de bonheurs et de malheurs qui émaillent le déroulement d’une existence qui nous a été imposée, et que nous allons nous-même imposer : en effet, il y a un enchaînement génétique qui nous pousse à perpétuer la race humaine, presque à l’immortaliser par la continuité, comme la nature elle-même, dont le vent éparpille les graines, afin que d’autres plantes et d’autres encore repoussent.

Ces notions de bonheur et de malheur seraient très relatives, et on ne pourrait concevoir, dans le ressenti des uns et des autres, qu’il y ait injustice : le cosmos n’a pas distribué plus à certains être humains et moins à d’autres ; nous ne gérons pas grand chose, nous devons accepter ce qui nous est donné, avec un certain fatalisme, mais sans pour cela, ni désespérer, ni refuser de nous battre.

L’homme ne sait donc pas pourquoi il est là ! Il se dit quelques fois, que si il est venu sur terre pour être fils de boulanger et boulanger lui-même, certes, c’est une tâche tout à fait honorable, mais dont les aspects métaphysiques ne lui paraissent pas évidents !!!

Il se demande si il a une place particulière sur cette terre. Il croit, pendant un court instant, qu’il est le maître de cette nature et de tout ce qui l’habite ; mais la réalité lui commande plus de modestie, quand l’orage gronde, quand les flots du fleuve se déchaînent, et quand l’incendie dévore des milliers d’hectares L’homme alors découvre qu’il n’est rien et il comprend alors pourquoi il y a des dieux. Et quand on lui dit qu’il est le fils de Dieu et que ce père les aime, il est en droit de se poser des questions.

Toutes les réflexions que l’on peut mener sur le comment et le pourquoi de la présence de l’homme sur terre, se heurtent donc au mur du mystère comme s’il ne fallait pas que nous sachions. Car tout serait trop facile si nous savions !

L’homme est perdu sur cette terre. Il ne sait, ni d’où il vient, ni où il va. Il erre d’une civilisation à une autre, à travers ses réflexions et ses pensées, mené par ses instincts, conscient de l’espace de temps minuscule qu’il y a entre la naissance et la mort. 

Il pourrait alors se désespérer et se dire qu’il n’est finalement qu’une plante comme les autres, à peine plus évoluée, qu’un simple produit de la matière, et que le seul avantage qu’il a, est de pouvoir réfléchir à ce problème.

Mais plus il réfléchit, plus il se rend compte qu’il est perdu sur cette terre.

J-LdL



14/08/2013
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