COURANT ALTERNATIF --- chroniques du Calavon

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Le banc de pierre

Le banc de pierre

 

La vieille dame va se promener sous les oliviers, là où l’ombre repose. Le vent n’y souffle pas, car il n’ose rentrer entre les arbres, de peur de s’y perdre. 

 

Il y a un banc de pierre au milieu de cette verdure. Ils y allaient tous les deux pour prendre l’air, écouter les bruissements, suivre du regard les rares papillons. Ils se parlaient un peu, pas plus que cela, car les regards et les gestes suffisaient pour se comprendre.

 

À eux deux ils étaient vieux, mais chacun de son côté ils se croyaient toujours jeunes ; sans trop y croire d’ailleurs ; juste pour se rassurer, pour vivre, pour l’autre. Ils avaient atteint l’âge où l’on ne compte plus les ans, car ce n’est plus la peine. La vie est presque passée et quelqu’un compte pour vous les jours qu’il vous reste. 

 

Seuls importent les souvenirs, les bons pour sourire ; les mauvais aussi, pour nous rappeler la vie. 

 

Aujourd’hui l’horloge s’est arrêtée. Son mari s’est retiré sur la pointe des pieds discrètement, sans même dire  ‘au revoir’. Il n’a pas eu le temps, mais il y a pensé, surement. 

 

La vieille femme, un peu plus tard, a été se reposer, là-bas, dans les oliviers, sur le banc de pierre ; pour cacher sa terrible peine ; ici elle peut pleurer ; les arbres tournent leurs branches pour ne pas la gêner. 

 

Le temps pour elle vient de s’arrêter. Cet homme était son compagnon depuis presque toujours et peut-être pour toujours, si le destin n’en avait décidé autrement…

 

On ne sort pas d’une vie à deux, comme cela ; il y a trop de liens, de bonheurs communs ; trop d’amour, évoluant au fil des ans…

 

La vieille dame était désespérée. Elle avait perdu tous ses repères ; elle voulait mourir sur ce banc de pierre et de souvenirs.

 

Soudain une voix sortie on ne sait d’où, l’interpelle : « arrête de pleurer, redresse-toi, tu savais très bien que la vie doit s’arrêter un jour et que cet instant est de plus en plus proche quant on vieillit. Arrête de pleurer, je suis là, près de toi, assis à ma place sur notre banc. Tu peux me parler ; écarte ta tristesse, reste debout. Tu es dans la vie et moi je suis dans la mort, mais tout se mélange. C’est peut-être toi qui es dans la mort et moi dans la vie, celle de l’éternité. Sois forte, pleure quand tu veux pleurer, ris quand tu veux rire. Tu viens de tout comprendre, de découvrir que ces instants de vie ne sont rien, à côté de l’infini ». 

 

La vieille dame pensait qu’il était bien de rester dans sa peine ! Elle sait maintenant que c’est encore mieux de croire, d’espérer, d’accepter cette tristesse ; de se dire que son couple est toujours présent et que le dialogue est encore possible. Elle pourrait se réfugier dans la religion ; elle essaie d’être croyante, car elle est consciente de ne pas être grand-chose dans cet infini. Mais elle veut trouver au fond d’elle-même la force de réagir ; de lutter ; de prendre en compte ce destin dans le déroulement de sa nouvelle vie. 

 

Elle sait qu’elle n’est pas seule dans cet infini. Elle en a l’intuition ; elle ne peut accepter que cette vie sur terre forme un tout entre naissance et mort ; et rien d’autre ! Un destin inutile, presque incongru au milieu de ces galaxies. Avec des mots qui ne signifient rien : amour, bonheur, bien, mal et combien d’autres, aussi insignifiants car ils ont des limites, celles d’une vie. 

 

Alors c’est bien en nous-mêmes que se trouve l’espoir, grâce à cette parcelle d’énergie qui nous relie à l’énergie cosmique. 

 

J-LdL

 



06/11/2018
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