COURANT ALTERNATIF --- chroniques du Calavon

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Réponse de Marina

Réponse de Marina

Arrête de pleurer ! Nous avons connu le bonheur ensemble. Souviens-toi de notre première rencontre ; j’étais très intimidée de te voir, je ne te connaissais pas, t’ayant juste aperçu ; tu étais vieux pour moi, pense donc, j’avais vingt ans et toi sept de plus, tu me semblais bien sérieux et en même temps plein d’humour. Et puis pour toi, cela a été le coup de foudre et je m’en suis rendu compte, et cela me plaisait ! De toute façon, très vite, nous avons su que nous étions faits l’un pour l’autre, pour la vie. J’ai été très heureuse à tes côtés, j’ai vécu sous un ciel radieux avec quelques nuages, comme il se doit, mais dans le bonheur et la quiétude.

Il a bien fallu que l’on se sépare car mon destin était ailleurs. Il n’était sans doute pas prévu que je devienne une vieille femme, que la maladie m’attaque, que mes forces déclinent peu à peu et que ma peau se ride. Je suis partie vers l’infini et j’ai laissé mon enveloppe charnelle dont je n’avais plus besoin. Mais toute l’énergie cosmique que j’avais en moi n’a pas disparu car elle est immortelle, elle est avec toi, près de toi en toi, car je suis en toi et tu es en moi.

Je ne suis pas triste car je n’ai plus de sentiments, je suis au-dessus des sentiments.


* * *


Tu ne me crois pas, tu es dans le doute, tu crains que cette merveilleuse aventure que nous avons vécu ensemble ne soit finalement qu’un mirage ; et qu’il n’y a rien d’autre de moi, qu’un corps qui va se décomposer et disparaître.

Homme de peu de foi, tu peux douter, mais tu n’as pas le droit de penser que ma vie n’a été que cet instant infime dans l’immensité du temps ; une flamme vacillante qui s’est éteinte, une image troublée, brûlée, puis le néant. 



 

Tu oserais croire que la puissance cosmique qui a fait l’univers, les planètes et les étoiles, la terre et les arbres, l’éclat du soleil, n’aurait créé l’homme et la femme que dans le seul but de procréer et de mourir, et que subitement, toute la lumière mise dans cet être humain, s’éteindrait comme une comète dans le ciel.

Sèche tes larmes ! Bien sûr, tu me revois à chaque coin de tes souvenirs ; une promenade que nous faisions ensemble ; un paysage que nous admirions ; un bout de jardin que nous avions planté. Autant d’images, de bruits, autant de regard pleins de tendresse, une main que l’on prend, un sourire, une pincée d’amour...

 


* * *


Mais cela c’est notre destin. Nous savions que nous étions mortels, mais quelques fois nous l’avions oublié. Nous savions que nous allions connaître le bonheur et la tristesse, la force et la faiblesse, que la vie était un combat et qu’il ne fallait jamais désespérer même si la désespérance était au bout du chemin.

Crois-tu donc qu’une vie ne serait qu’un petit tas de sentiments et d’émotions mis à notre disposition par Dieu, puisque l’on doit parler de lui, et que nous n’avions été inventé que pour cela, pour si peu de temps, pour un destin le plus souvent sans intérêt, un labeur sans avenir, et pour construire quoi, de l’éphémère, des tas de pierres qui s’écroulent au fil des ans...

C’est pour te dire le contraire que je suis à tes côtés, présence invisible, inexplicable, une sorte de chaleur que tu peux quelques fois ressentir et qui toujours te regarde et te soutiens. 



 

Alors tu peux te demander quel est le sens de cette vie énigmatique qui t’impose une souffrance, comme elle le fait à une mère qui vient de perdre son enfant, à un vieillard qui se retrouve tout seul. Faut-il croire que Dieu veut nous punir d’être à son image, faut-il se fier à ce postulat des religions qui ont inventé le péché originel, comme si Dieu avait créé l’homme avec ce péché en fardeau. 



 

Ou bien, tu vas te retourner vers ceux qui pensent que l’être humain n’est que matière et qu’il n’est rien d’autre qu’un élément un peu plus élaboré de la nature. Et c’est vrai que devant l’inanité de la vie, son mystère insondable, et le paradoxe fondamental de la naissance et de la mort, tu pourrais à juste titre considérer que ta présence sur cette terre n’est due qu’à une réalité anthropologique ; et que le point final de la vie est bien la mort, point final irrémédiable, une théorie du désespoir et de l’inutilité, une justification de l’immoralité et de l’égoïsme. 



 

D’autant mieux que les siècles qui passent effacent nos traces, laissent en ruines nos oeuvres, brûlent les fruits de nos cultures. 




* * *


Mais il y a dans ta pensée une petite flamme d’amour qui continue à briller et qui alimente ton coeur ; et elle te permet de croire qu’il existe une autre perspective, devant ce constat désastreux et désespérant d’une vie médiocre et inutile, le plus souvent consacrée à l’adoration de faux dieux ; vie qui ne serait qu’une simple pousse d’une plante qui s’est nourri de la terre et qui nourrira la terre.

Mon énergie est celle de l’univers dont je suis le fruit, et elle ne s’est pas séparée de la tienne, car elle s’est mélangée à la tienne, et au-delà de notre histoire il y a une autre histoire ; et autour de nos énergies, d’autres énergies. 



Le temps infime de ma vie est aussi le temps éternel de toutes les vies, ce qui donne un sens à ma mort ; car elle n’est pas mort, mais vie, ailleurs, espoir contre désespoir, certitude que l’avenir et le passé se mélangent dans un espace intemporel.

J-LdL




13/04/2013
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